Le Temple de la Nature
 
Ce sont, semble-t-il, les Anglais Windham et Pococke qui, en 1741, sont les premiers touristes à découvrir le Montenvers alors seulement connu des bergers. Malgré un chemin à peine tracé (Marie Couttet, dit Moutelet, n'achèvera un chemin plus confortable qu'en 1820) les visiteurs célèbres se succèdent : Saussure en 1760, Goethe en 1779, André Chénier en 1784, Florian, auquel l'histoire d'une jeune chamoniarde inspira "Claudine", en 1788, Madame de Staël en 1794... Pour se reposer, les premiers visiteurs ne trouvent qu'une excavation en pierre servant d'abri aux bergers.
En 1776, un Anglais, Charles Blair, fait construire une cabane très sommaire, quatre murs et un toit : le "Blair's Hospital" que Goethe qualifie de "Château du Montenvers". L'ambassadeur De Semonville visite le site par très mauvais temps et écrit à Bourrit pour obtenir l'autorisation de construire un refuge ; il lui indique qu'il supportera les frais. Bourrit obtient l'autorisation de la commune en 1795 mais l'ambassadeur est fait prisonnier par les Autrichiens. Bourrit confie ses soucis à Félix Desportes, résident français à Genève, qui s'enthousiasme et reprend le projet à son compte. La commune donne son autorisation le 29 avril 1798 ; 57 hommes y travaillent et le "Temple de le nature" est terminé dans l'année 1798. C'est le premier refuge de montagne ; il doit son nom à sa forme et à l'inscription de son fronton : "A la nature par un ami de la liberté"
Il abrite, entre autres, Chateaubriand en 1805, l'impératrice Joséphine de Beauharnais (divorcée, elle voyage sous le nom de Comtesse d'Arberg) en 1810, l'impératrice Marie Louise (séparée de Napoléon, exilé à Elbe, elle voyage sous le nom de Duchesse Colorno) en 1814, Byron et Shelley en 1816, Charles Nodier seul en 1824 et en compagnie de Victor Hugo en 1825, Alexandre Dumas en 1832, John Ruskin en 1835, Gorges Sand et Franz Lizt en 1836...
Restauré en 1923 et classé monument historique, le "Temple de la nature", plusieurs fois pillé et remis en état, s'avère insuffisant. La commune décide, en 1835, la construction d'un petit hôtel, l'Auberge du Montenvers, (4 chambres, une cuisine, une salle à manger et une cave) à côté du temple. Les murs sont terminés en 1836 mais il n'est habitable qu'en 1840 (c'est aujourd'hui le musée alpin). Il accueille, lui aussi, des célébrités dont Charles Dickens en 1858, Pasteur en 1860, Napoléon III et l'impératrice Eugénie en 1860 également, Alphonse Daudet en 1882 ...
L'Hôtel du Montenvers actuel est construit en 1877.
L'excursion au Montenvers était, en général, agrémentée de quelques pas sur la Mer de Glace ; Victor Hugo, en parfait touriste, n'échappe pas à la mode. Se montre-t-il imprudent, précédant son guide, comme le raconte Marie Nodier, fille de Charles Nodier ou bien le guide, Michel Devouassoux, se trompe-t-il de chemin comme le décrit Adèle Hugo ? a-t-il même réellement risqué sa vie ? Toujours est-il que, le soir, il écrit sur le carnet du guide : "Je recommande Michel Devouassoux qui m'a sauvé la vie".

Fermeture
L'Auberge du Montenvers et le "Blair's Hospital" à droite
L'impératrice Eugénie au Montenvers
Traversée de la Mer de Glace