Le téléphérique des Glaciers
 

 
Dès 1902, les ingénieurs suisses Feldman et Strub font le projet d'une remontée constituée d'un train à crémaillère  entre  les  Pèlerins  et  le  glacier  des  Bossons  (à  2450 m)  et  trois  funiculaires  aériens (arrivée à  3770 m).

 
Le 16 décembre 1905, en tant que bailleur de fonds, le baron Marc-Fidèle Eugster, entrepreneur dijonnais, défend ce projet devant la mairie de Chamonix. Il est associé à Emile Dollot, ingénieur des arts et manufacture. La mairie et les pouvoirs publics départementaux se montrent prudents. Après quatre ans de réflexion, une concession est accordée à Eugster le 20 septembre 1909, mais c'est le projet des milanais Ceretti et Tanfani qui est retenu, celui d'une ligne aérienne en trois tronçons avec de nombreux pylônes (à l'époque les câbles ne supportaient pas des poids importants). Les brevets sont de Ceretti et Tanfani ; les travaux sont réalisés par la S.A. Dyle et Bacalan de Paris ; Eugster et Dollot transforment leur société d'étude en "société française du funiculaire aérien de l'Aiguille du Midi Mont-Blanc". Parmi les actionnaires de cette société figure Joseph Vallot, à hauteur de 8% ; Eugster détient 75% du capital. Les travaux commencent en 1910 mais, dès 1911, l'arrivée n'est plus prévue à l'Aiguille (le sommet étant jugé trop étroit et les arêtes impraticables) mais au Col du Midi. Le chantier prend du retard puis est interrompu par la première guerre mondiale. Les travaux reprendront en 1922.

En 1924, un premier tronçon relie les Pèlerins à la station de la Para, à 1688 mètres d'altitude. Ce tronçon est mis en service en janvier, à l'occasion des premiers jeux olympiques d'hiver à Chamonix.
Le départ de la gare des Pèlerins et déjà trois pylônes

 
Le deuxième tronçon : La Para - Les Glaciers
Une halte est prévue à mi-parcours de ce premier tronçon pour desservir la piste de bobsleigh.

Trois ans plus tard, le 7 août 1927, le deuxième tronçon est achevé, dix-sept ans, trois mois et dix jours après la pose de la première pierre... Une élégante cabine avec balcons à impériale et plancher galbé façon bobsleigh, atteint la station des Glaciers à 2414 mètres d'altitude.

De nombreuses personnalités, délégué du ministre des travaux publics, préfet, sénateurs, députés, maire, sont présentes le jour de l'inauguration.

 
 
La station inférieure est un bâtiment en maçonnerie avec salle d'attente, petit restaurant, deux plates-formes d'accès aux voitures, un compartiment pour les contrepoids (qui pèsent de 20 à 25 tonnes) des câbles. L'étage est aménagé en bureaux.

45 pylônes métalliques intermédiaires, hauts de 12 à 33 mètres et espacés de 40 à 90 mètres soutiennent les câbles. Ils ont, à leur base, un paravalanche. Chaque section comporte deux lignes de roulement parallèles, distantes de quatre mètres, une montante et une descendante. Cette paire de lignes est composée de 6 câbles : deux porteurs, un tracteur, un de guidage et deux de freinage. Sur chacune, circule une voiture suspendue à un chariot de 8 roues accouplées deux à deux par un balancier. Sous les roues, à un châssis avec organe de freinage, s'agrippe le câble tracteur. Le freinage automatique est assuré par le poids de la voiture ; chargée, elle pèse 4 tonnes. La caisse de la voiture comprend une partie métallique et une partie en bois, ses entrées sont latérales, elle peut transporter 18 personnes (12 assises, 6 debout) accompagnées d'un conducteur. La finition intérieure est très soignée.

  Photo tirée du livre "Au pays du Mont-Blanc de Servoz à Vallorcine" de C. Mollier et J.P. Gallay
Je sais tout de décembre 1923
 
 
En 1933, la société créée par le baron Eugster fait faillite (le Brévent a été construit et les techniques sont obsolètes) ; Eugster avait revendu ses parts dès 1917. Une société anonyme, la compagnie française des funiculaires de montagnes, reprend la concession. En 1937, faute d'intérêt de la part des financiers privés, l'état propose une subvention à condition que le département et la commune de Chamonix participent.
 

  Photo tirée du livre "Au pays du Mont-Blanc de Servoz à Vallorcine" de C. Mollier et J.P. Gallay
Le chariot du troisième tronçon Les Glaciers - Col du Midi presque horizontal au départ se redressait peu à peu : " un passager parti couché arrivait debout" d'après le cinéaste Marcel Ichac.

 
En 1940, une ligne de service est installée entre la station des Glaciers et le col du Midi (3542 m), véritables travaux acrobatiques de l'époque, nécessitant de la part des deux guides, Henri Farini et Laurent Cretton, et de leurs compagnons, André Clérico et François Wenger, autant de connaissances techniques que d'expérience de la montagne. Cependant le chantier traîne en longueur : l'état a d'autres préoccupations avec la deuxième guerre mondiale et la commune cherche à se désengager. Peu après la guerre, Marcel Auvert, ingénieur des mines, se rend compte que la ligne de service du troisième tronçon présente des dangers (chutes de pierres) et que les ancrages supérieurs du col dans des rochers délités, truffés de glace, ne sont pas sûrs. Par ailleurs la technique a évolué, notamment dans la fabrication des aciers spéciaux.
 
L'état, qui reprend l'initiative, prône le remplacement pur et simple du téléphérique. La compagnie des téléphériques de la Vallée Blanche commencera en 1951 la construction du téléphérique de l'Aiguille du Midi.

 
Le tracé du téléphérique et la fameuse piste des Glaciers fermée en 1956
 
En 1948, l'Arlberg Kandahar se dispute sur la piste des Glaciers, la descente est gagnée par James Couttet. En 1950, la convention signée entre la compagnie et la commune de Chamonix prévoit la remise en état du téléphérique des Glaciers car peu de remontées permettent à l'époque la pratique du ski. La commune ne réussit pas à faire appliquer cette clause et le téléphérique des Glaciers ferme en 1951. Jusqu'en 1955, il sert à transporter du matériel pour le nouveau téléphérique et, jusqu' en 1958, il est utilisé pour l'entretien des lignes haute tension vers l'Aiguille.
  Photo tirée du livre "La mémoire des sports d'hiver au pied du Mont-Blanc" de C. Mollier et J.P. Gallay
La première course des guides sur la piste des glacierss
 
Seule la benne de service est aujourd'hui encore en état de fonctionner et pourrait permettre de rejoindre l'Aiguille du Midi en cas de problème.

 
D'autres documents (témoignages, photos ...) sur le téléphérique des Glaciers : site aiguilledumidi.net.
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